Mercredi 28 octobre 2009

 

Impudique, nue, provocante, la feuille blanche se laisse attraper comme une proie facile.

Elle s’allonge sur la table du salon comme une catin.

Belle et provocante.

On choisit un stylo, noir de préférence, non pas un de ces stylos plume pompeux et arrogant, non ! Un simple bic mâchouillé à l’extrémité, dépourvu de son embout protecteur.

La main se pose, l’outil enserré des deux doigts.

Le moment est grave, les trois premiers mots doivent être exacts, concis, précis, percutants.

On souffre de dire là dedans des secrets d’enfance, des traumatismes nuancés, on y rejette tout du pire et du meilleur de toutes nos vies passées. On hésite souvent, le stylo butte…

Et puis d’un coup : ça y est, on laisse la magie se faire, on ouvre les vannes et le miracle opère, lignes après lignes, paragraphes après paragraphes, l’histoire née sous nos yeux.

Bien sûr quelques corrections quelques jolies ratures de syntaxe vont survenir et alors…

Lorsque l’on écrit on est humble, on est face à soi, on s’accepte avec nos maudites fautes d’orthographe, toujours les mêmes, celles qu’on devine et dont pourtant on arrive jamais à se souvenir.

Les heures passent les paupières se referment, malgré l’envie, la fatigue use les yeux téméraires. L’attention devient tension, l’inattendu s’invite au chapitre qu’on dévoile. On brûle de l’intérieur tandis que le corps s’éteint du dehors.

Alors on la regarde noircie de toute part, elle n’est pas belle, mais elle est le reflet de ce que l’on est.

La page blanche n’est plus, le roman est né, un peu dans la douleur, un peu dans la douceur, et l’on ne le quittera désormais que jusqu’au bout de son destin, quand il s’exhibera prétentieusement couvert de papier glacé sous les lumières chaudes d’une étagère de librairie.

 

Par Ludovic Brochard - Publié dans : TEXTES COURTS - Communauté : ECRIRE C'EST ETRE LIBRE
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Lundi 30 mars 2009
Par Ludovic Brochard
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Lundi 23 mars 2009

 

 

 

Il est midi et quart. 

Cela faisait depuis le matin qu'elle était partie la grand-mère ...

La maison, enfermée dans son mutisme, avait pourtant ouvert ses portes aux autres.
Sans répit, tous ces gens qui m'étaient inconnus circulaient autour de son lit de mort.

Leurs visages graves, avec dignité et empathie m’offraient les sourires de circonstance.

Je regarde Grand-mère…

Malgré mon âge avancé, il me semblait avoir 7 ans à ce moment précis.

Mon frère Antonin et moi, nous avions passé tant de vacances chez notre Mamy Suzanne.


Dans ce vieux pavillon fleuri accroché aux bords de Marne, du côté de Champigny, nous avions grandit.

La mémoire tout à coup ensoleillée, je ferme les yeux et replonge dans mon passé...

Il me revient en tête l'été 1944, il faisait si chaud en ce mois de juillet. Partout dans le jardin ça embaumait la menthe fraîche et la pivoine.

Partout dans l'air on pouvait percevoir la tension...orageuse...les nuages lourds de l'occupation Nazie finissante.

Les jours s'écoulaient rythmés par les allers et venues des blindés allemands sur le boulevard plus haut. Les convois parfois nombreux faisaient un vacarme sur le bitume chaud, et le grondement sourd de leurs bottes me faisait frissonner de peur.

 

En culottes courtes, le soir avant d'aller se coucher j'observais la discrétion de grand-mère, quand tardivement, elle écoutait en sourdine les messages de la radio libre. Assise, dans son petit fauteuil, elle était belle dans le salon encaustiqué. Parfois il me semblait la voir prier, ses paupières comme aujourd'hui fermées et sereines.


Notre chambre à Antonin et moi, elle sentait la lavande, celle que Suzanne avait glissée dans ces beaux sachets de tissus brodés entre nos draps rêches et granuleux.

Dès le chant du coq, au petit matin, la cuisine s'éveillait dans des bruits étouffés d'émailles joyeuses.

Nous quittions en hâte la tiédeur des couettes de la nuit pour descendre déjeuner.

Les tartines de pain s'exhibaient sur la toile cirée ; malgré la guerre  beurre et confiture n'avaient jamais manqués.


Antonin traînait souvent au lit, mais pas moi. J'avais trop d'impatience à dévorer  ces toasts grillés. Alors, j'avais l'habitude de dévaler les marches quatre à quatre. Cela faisait râler Suzanne, je crois d'ailleurs que c'est ça qui me plaisait le plus.


Nos matinées se passaient au jardin, à jouer à la guerre avec des bouts de bois, une ficelle de chanvre, ou une vieille boite de conserve vide. Parfois, nous aidions grand -mère, nous arrosions le potager, après avoir remonter le vieux seau en zinc du fond du puit.

A l'occasion, désobéissant aux ordres de Suzanne, par la petite porte du fond du jardin, nous faisions une mini fugue pour regarder les rares jolies filles qui dansaient dans les guinguettes, aux heures chaudes.

La plupart du temps, un soldat allemand propre et élégant était le cavalier. L'accordéon valsait, et nous, nous rigolions derrière nos tâches de rousseur.

 

On rentrait en catimini après avoir fait des ricochets avec les cailloux plats qui jonchaient le chemin de l'ancienne voie de halage.

Le déjeuner se composait la plupart du temps d'une purée de pomme de terre pressée, ornée d'un magistral cratère remplit de beurre fondu.

Au lieu de faire la sieste, bien souvent je cédais à la curiosité d'Antonin, et nous montions au grenier explorer en cachette, les trésors de Suzanne.

La plupart de ces antiquités appartenaient au défunt grand père, c'étaient de vieux costumes, de vieux objets et surtout quelques albums de photos jaunies dont on reconnaissait à peine les protagonistes.

Dans la demi pénombre difficilement éclairée par le lanterneau, nous cherchions un trésor...

De ce fatras fait de malles et de coffres, se dégageait comme une odeur de vieux par-dessus humide, le relent de la poussière et du temps qui passe.

Des toiles d'arraignées séculaires, des toiles de jutte déchirées, des restes de vieux journaux entourant d'hypothétiques trésors fragiles, tout était mystère.

Parfois, on se faisait attraper et la punition "sévère" consistait à aller se coucher sur le champ ...

Elle avait beau réclamé le silence dans les étages, deux chenapans qui se taquinent, c'est parfois impossible à tenir ; et ça se finissait par une bonne fessée sur l'arrière train.

Son visage d'ange laissait percevoir combien elle n'aimait pas user de cette solution.

C'est ce même visage d'ange qu'elle porte aujourd'hui, et pour l'éternité.

Comment avait elle pût faire de ce coin de guerre de juillet 44, un souvenir de paradis pour nous, avec autant d'humilité ?


Il est une heure moins le quart.

Je vois Antonin par la fenêtre qui arrive enfin. Qu'il a vieilli lui aussi mon petit frère, je vais le prendre dans mes bras  et lui poser la question : "Antonin, l’été 44 toi : tu t'en souviens ?"

Par Ludovic Brochard - Publié dans : TEXTES COURTS - Communauté : ECRIRE C'EST ETRE LIBRE
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Samedi 21 mars 2009
Par Ludovic Brochard
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Mardi 10 mars 2009

Je rêvais  cette Vie

 

Lorsque j’étais ce petit homme en devenir, haut comme trois pommes, mes nuits étaient empruntes de féeries.

De chevalier fougueux, je devenais un de ces preux justiciers des préaux de récré.

J’étais de ces garçons songeurs qui regardent les nuages se dessiner sur l’azur.

Chaque injustice dans la cour d’école me révoltait jusqu’à pousser l’indignation à son summum : la grève du goûter.

Je rêvais cette vie.

Cette vie, c’était celle que me racontait maman, une existence où bénie parmi les Dieux de Noirmoutier, papa avait tracé le chemin du Bonheur, ouvert la voie de la perfection.

Tout était si clair, il me fallait juste attendre là : assis sur la plage des Sablaux, que la marée de mes 15 ans m’apporte ce doux présent : le package exclusif !

Hélas ! Je rêvais cette vie, tout n’était pas blanc. A la monstruosité « Claudienne » de la nature humaine j’ai dû apprendre encore à mes dépens la moquerie de la gente féminine.

(Trop de fluo tue le fluo)…

Je rêvais cette vie, tout n’était pas noir, la simplification devenait stupide et dérisoire.

Lorsque je ne fus plus que l’ombre de ce petit homme, sous ma peau de mue, je m’étais transcendé en héros romantique, et sauvant la belle Isabelle, je devins un sauveur héroïque.

Tu parles !!!

Fille de Satan, sortie de sa chair, je me suis perdu en passion, j’ai vendu mon âme à l’enfer.

Cette vie, celle que ne m’a pas raconté papa, il m’a fallu la découvrir, je lui en ai voulu souvent, car à l’évidence, je n’aimais pas apprendre esclavagé par le règne de Lady Souffrance.

Pourtant aujourd’hui il me faut admettre que la vie est d’un beau gris, que le rêve m’est permis, que si l’on regarde au fond de nous, il y a quelque part un petit homme qui vit des songes qui n’appartiennent qu’à lui.

Faiblesse, sois remerciée, j’ai compris que ma force est d’avoir su m’adapter. La morale n’est qu’une petite voix criarde qui exaspère nos psychismes pour nous vendre comme de la réclame des forfaits « culpabilité ».

Alors si comme je le pense une bonne psychothérapie ne fait de mal à personne, dans quelques mois, je crierai « Liberté Chérie !!! Enfin, je t’ai retrouvé. »

Par Ludovic Brochard - Publié dans : REFLEXIONS - Communauté : ECRIRE C'EST ETRE LIBRE
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