Dimanche 24 juillet 2011 7 24 /07 /Juil /2011 07:36

Premier jour d'évasion de Rava-Ruska

13 septembre 1943

 

 

Je suis en exile mon Amour d’Amour

J’ai fais ce que d’aucun ne croyait possible : échapper à son destin.

Les surveillants ne m’ont pas vu, ni entendu ramper parmi les égouts depuis les canalisations jusqu’à la rivière.

Caché par la nuit, j’ai couru, marché, dormi et couru encore pour aller au plus loin avant le lever du jour. Epuisé, à bout de forces, je me suis allongé dans un fossé.

 

Quand le soleil enfin, est monté dans le ciel, le bleu et le rose avaient changé de couleur. Un nouvel homme pour un reste de vie. Un reste de vie à tes côtés. Où es tu ma Clara ?

J’ai froid, encore transi des premières nuits humides de septembre dans mes loques si sales.

 

Te retrouverai-je seulement après ce si long exile ? Me voilà assailli de doutes.

Et si tu étais remariée ? Peut-être me crois-tu mort ? M’aimeras-tu seulement encore ?

Un autre aura-t-il pris ma place auprès de toi et des enfants ?

Je ne peux me résoudre à une vie sans toi, comme tous les matins du monde où je te veux à mes côtés, comme la meilleure moitié de moi pour tout partager comme…comme….comme…

Comme je ne peux pas douter de toi, non cela est impossible, cette existence n’aurait plus de sens.

 

Je ne douterai jamais de toi... je te le promets.

Toi tu es l'œuvre de Dieu, là où les autres ne sont qu'une pâle copie. Tu aimes comme aucune avant toi n’avait su Aimer. Ta fièvre, tes lèvres, ton regard si intense, rien ne s'en rapproche ma Clara, rien n’a d’égal.

Je dois avancer et regagner la zone libre pour te retrouver et ma Blanche et mon petit Pierre aussi.

J’ai traversé l’enfer, tu m’as ouvert une terre paradisiaque, un monde avec toi mon Amour d'Amour.

Je te rejoins, j’arrive…je suis presque déjà là ! Toujours aussi impatient comme tu peux le voir ! Attends moi encore un peu, je t’en supplie.

 

 

Ton Louis, le maladroit, sincère et aimant.

 

Par Ludovic Brochard - Publié dans : LES ANNEES 40 - Communauté : ECRIRE C'EST ETRE LIBRE
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Samedi 23 juillet 2011 6 23 /07 /Juil /2011 01:12

Lettre de Louis Pellepoix à sa Clara

Camp de Rava-Ruska

158 ème jour de déportation                                   hiver 1943 

 

Je me noie dans ma condition décadente d’homme prisonnier

De déporté impuissant, de sous homme parmi les bêtes.

Que me reste-t-il à part toi ?

 

Plus l’hiver avance, plus la mort me traque

J’arrive à me nourrir mais pour combien de temps encore ?

Quand les nuits s’achèvent sur mes rêves, je pleure,

Le retour du petit jour et de la réalité est un supplice.

Pour une seconde, une minute encore je voudrais prolonger la magie.

Mais ce n’est plus possible, le réveil est douleur !

 

Le voilà, l’instant tant redouté, l’instant où tu t’en vas.

Ta silhouette sylphide et gracile de danseuse élégante s’éloigne

Mélancolique, je t’observe par l’enchevêtrement de la porte.

Ta chevelure brune soyeuse ornée de fils d’argents vole

Au grès des souffles frais qui décoiffent les allées de la ville.

Comme un chat élégant qui repart en maraude sur les toits

Tu glisses d’un pas vers un autre

Tes hanches basculent, ma danseuse de ballet classique

 Au firmament des mes idoles, tu tiens le premier rôle.

 

Tu te fais de plus en plus petite vers le lointain.

Mon cœur se sent étroit, mon souffle se raccourcit.

Je sens poindre le déchirement, l’instant où tu disparais complètement au coin de la rue.

Avec le charme surnaturel d’un ange échoué sur les plages des mondes terrestres

tu te retournes en me souriant.

Tes yeux électrisent une dernière fois mon regard perdu d’orphelin de l'Amour

 

Mes paupières se referment sur ce doux cauchemar

Suggéré par les bruits sourds du baraquement 365.

A ce soir mon Amour, je te retrouverai dans mes rêves

Avant que la grande faucheuse ne me prenne.

 

Je tiens pour toi, je survis pour toi, si la guerre se termine un jour

Et qu’il m’est donné de te retrouver,

Je m’attacherai à ta main pour ne plus jamais la quitter.

Ma Clara si tu m’entends, sache combien je t’aime,

Ton Amour coule dans mon sang et même

Si je ne suis plus que l’ombre de moi-même,

Un demi homme ici, dans ce royaume des presque morts

Ma meilleure moitié, c’est encore et toujours toi. 

 

 

 

Ton Louis

Par Ludovic Brochard - Publié dans : LES ANNEES 40 - Communauté : ECRIRE C'EST ETRE LIBRE
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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 07:42

troisième lettre à Clara

Camp de Rava-Ruska

hiver 1943

132 éme jour de déportation

 

 

Ma Clara, je t'écris ce poème pour ne pas oublier L'Amour qui me lie à toi

et cette vie de Bonheur que le destin m'a arraché.

 

Le petit jour habille de miel le parquet de la chambre

Un rayon de soleil s’invite entre les rideaux

Il caresse ton dos nu, et réveille ta sensualité

Je t’observe endormie, calme et splendide dans ton demi sommeil

 

Les plis des draps se fripent sur la courbe des tes reins

Ta nuque fragile se dévoile semblant appeler mes lèvres

Je t’observe dans le silence de la maison immobile

Malgré ta pudeur j'ose te le dire ma Clara ...Tu es si belle…

 

Est-ce l’intensité de mon regard ou la chaleur sur ta peau ?

Tes paupières mi closes s’éveillent lentement

Ton premier regard est pour moi, ton premier sourire aussi

 

Je me penche pour t’embrasser

La fièvre me monte dans l’âme

Ta bouche est le berceau de ma vie

Je m’y noie pour mieux y ressusciter

 

Rien n’est plus beau qu’un jour qui commence

Par un tendre câlin entre tes bras de femme aimante

Je réalise chaque jour ô combien

Tu es ma priorité en ce monde

 

Un petit matin à deux, un petit matin heureux

A demi-voix tu me dis bonjour mon cœur

Je te réponds du bout des yeux

  

Ces matins là valent tous les matins du monde

 

 

Je t’aime !

 

 

Ton Louis

 

Par Ludovic Brochard - Publié dans : LES ANNEES 40 - Communauté : ECRIRE C'EST ETRE LIBRE
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Mardi 12 juillet 2011 2 12 /07 /Juil /2011 23:58

On ne sait jamais comment va se dérouler ce premier instant. S’il est réussi, la séance pourra durer deux heures, peut-être trois.

 

On commence toujours par le même rituel. On ouvre ostensiblement le long couvercle qui enferme l’instrument magique. Nos doigts y caressent les touches avec respect en effleurant leur surface laquée. Comme un grand homme on ajuste avec amusement et auto dérision la hauteur du banc.

Le séant posé, on fait deux ou trois mouvements pour affiner la longueur de nos bras.

Puis la main gauche vient s’arrondir et se figer au dessus de la première contre octave.

La droite dignement prépare son apparition et le pouce en apesanteur attend l’ordre du départ sur l’octave suivante…

 

Le premier morceau ne sera pas de haut vol, on choisit la mécanique rodé d’un air mélancolique, grave mais simple qui nous apportera une once de confiance.

On se lance ...

Nos épaules se meuvent avec mobilité, le balancier infime qui semble danser avec les notes s’anime. La tête suit timidement, il ne faudrait pas sur jouer d’une chorégraphie  une mélodie si banale.  Pour un pianiste expert, ce serait le comble du ridicule.

 

L’enchainement se passe à merveille, les paupières confiantes se ferment et laissent notre mémoire dérouler les chapitres de cette pièce à laquelle on assiste presque en spectateur. Tout est là, dans le rythme métronomique et le toucher sensuel de ces petites touches noires et blanches sur lesquelles nos doigts se baladent comme un chat sur une gouttière.

 

Douze, treize enfin, la dernière mesure, celle qui doit ponctuer avec grâce notre prestation esseulée. On ne joue que pour soi dans ces moments là. On joue notre travail avec cette question toujours aussi particulière. A-t-on su interpréter dignement la création du compositeur ?

Certainement pas ! Et d'ailleurs qui le pourrait à part lui seul ?

 

Alors décomplexé, les tensions dans les épaules s’effacent, on respire calmement et l’on achève le morceau en relâchant chaque muscle, chaque phalange avec la conviction que la dernière note sera certainement la plus aboutie.

On se ment, elle sera une fois de plus différente, belle assurément mais différente.

La perfection n'existe pas en musique, elle est du goùt de chacun.

La note finale s'annonce.

 

On la retient, on l’accroche, on la suspend dans les airs. Et lorsqu’enfin la maison vide semble nous y autoriser, on la dépose avec amour sur le clavier, comme on dépose un dernier baiser tiède sur le front de celle qu'on aime.

 

Par Ludovic Brochard - Publié dans : TEXTES COURTS - Communauté : ECRIRE C'EST ETRE LIBRE
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Mardi 12 juillet 2011 2 12 /07 /Juil /2011 08:51

Les vents balayaient les allées des villages sans vie

Ouvrant dans un fracas les portes du désert
Quand ses guerriers mongols chevauchant  des pur-sang arabes

Y brûlaient les caravanes dans le soleil mordant de midi.
Le vent sculptait les dunes et changeait les frontières

Me noyant toujours plus loin dans cette mer de sable

Mon Amour, mon miracle du désert, où es-tu ?

Perdu au claire de lune, je suis aveuglé par les étoiles.

 

Les tempêtes séculaires ravageaient les mondes
Déchirant les burkas des princesses nomades.

En chevauchant debout sur des vaisseaux terrestres
Rugissant dans la nuit, cauchemar des voleurs

Comme un berbère qui hurle en solitaire
Je ne pensais plus qu’au gris au fond de tes yeux verts.

J’ai erré des semaines et des saisons entières

Je t’ai cherché aux sept portes des Royaumes interdits


J’aurai affronté douze armées, seul à mains nues

Pour délivrer ton cœur si j’avais su où le trouver.
Toi, tu t'amuses ma belle et douce ingénue

A bercer tendrement les palmes du matin
Innocente, juvénile, miracle des tornades

Tu es telle la douceur d’un rayon qui caresse ma peau

Tu me fais sentir calme, allongé sur le sable tiède.

Ou es-tu Mon Amour, Miracle du désert ?


La rage crucifiée sur la rose des vents

La haine de te chercher là où tu n’es plus
je reprends la piste inlassablement

Jusqu’au bout des mondes, je te cherche

Où es tu ?

 

 

Par Ludovic Brochard - Publié dans : TEXTES COURTS
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